Les sans-cerveaux saluent Sarko !

Ce mercredi 27 avril, la population avait rendez-vous à 16h à la librairie de Provence pour une séance de dédicace du dernier livre de Nicolas Sarkozy, candidat officieux à la Présidentielle de 2017.

Si faire de la publicité pour cet homme ne compte pas parmi les formes d’actions de Nuit Debout Aix, venir le saluer a semblé de rigueur pour quelques uns de ses membres après que l’ancien locataire de l’Élysée ait fait la veille une sortie de piste à l’occasion d’un meeting à Nice :

Nous ne pouvons plus supporter des syndicats qui se comportent comme des partis politiques. […] Nous ne pouvons plus accepter que des lycéens bloquent des lycées pour protester contre une loi [loi Travail] dans laquelle il n’y a rien. Nous ne pouvons plus accepter que des gens qui n’ont rien dans le cerveau [Nuit Debout] viennent sur la place de la République donner des leçons à la démocratie française.

L’idée d’organiser un comité d’accueil a germé à 13h09. À 13h33, un visuel était lancé sur Internet :

sarko

De là, les réseaux sociaux ont vibré. Ça a tweeté et facebooké dans tous les sens. Les téléphones n’ont cessé de sonner ici et là pour rassembler les personnes disponibles. Le temps imparti était court : 2 heures pour mobiliser un mercredi après-midi ! Mais on y a cru et on a bien fait d’y croire. Ce n’est pas moins d’une belle centaine de personnes qui étaient présentes sur le Cours Mirabeau à 16h, heure de la séance de dédicace. Les uns avec des banderoles, d’autres avec des pancartes faites à la va-vite, certains avec de quoi faire du bruit.

On pouvait voir sur les visages de la bonne humeur. Un esprit bon enfant flottait dans l’air. Quand sur le trottoir d’enfance où se tient la librairie, le service d’ordre de Sarkozy et les forces de l’ordre en civil scrutaient nos faits et gestes. Au même moment, une question ne cessait de tourner : « L’ancien Président osera-t-il entrer par la grande porte, au risque de croiser nos messages, ou bien préférera-t-il passer par une porte annexe, choisissant de les fuir ? ». On vous le donne dans le mille : il a jeté son dévolu sur la porte annexe.

Dès lors, tout échange était rendu impossible par l’échappatoire de l’ex-Président d’un côté, et les gros bras de la sécurité de l’autre. Car oui, approcher Nicolas Sarkozy n’est pas chose facile et inutile de vous dire qu’il faut montrer patte blanche. Or nous n’avons pas la bonne couleur de patte à dire vrai : qu’aurait bien pu répondre l’ex-chef d’État à nous autres ? « Cassez vous pauvres cons ? » En même temps, dénués de cerveaux, ce qualificatif sonne-t-il faux ?

Alors on a pris notre mal en patience et on a discuté, et on a chanté, et on a ri. On a levé haut nos pancartes, l’une demandant à Nicolas comment se portent ses affaires, une autre reniant l’absence de cerveaux mais certifiant l’absence d’emplois, une autre encore rappelant que les gens sans-cerveaux sont dispos pour saluer Sarko. Il est marrant de se faire de traiter de sans-dents par Hollande et de sans-cerveaux par Sarkozy, rappelait par ailleurs un écrit levé en l’air, quand de notre côté du trottoir, on se sentait plutôt comme des sans-culottes.

On a profité de l’occasion pour appeler la population à lutter contre la loi Travail dont a rêvé Sarkozy sans jamais oser la faire, et qu’aujourd’hui Hollande cherche à tout pris à faire passer. Rendez-vous donné aux passants pour le jeudi 28 avril, 10h30, sur le Vieux-Port de Marseille. Ce fut l’occasion de ressortir une troisième fois cette semaine notre banderole, dont vous connaissez sans doute déjà l’histoire.

Enfin, on a pu constater qu’une séance de dédicaces laisse le temps de crier en cœur de jolis messages. Après avoir commencé par la chansonnette « Il est des vôtres / Il a pris son fric comme les autres / C’est une canaille / Il s’est tiré avec la maille », se sont succédés dans le désordre des « Nicolaaaaaas », « Si tu reviens, on oublie tout », « Caviar, champagne, manif’ bourgeoise », « Ce n’est pas lui / Qui l’a écrit », « Sarko, au cachot », et tant d’autres … Oui, on avoue, des messages assez simplistes… mais venant de sans-cerveaux, il ne faut pas trop demander non plus, non ?

Voilà, la fin est proche. On a salué les belles personnes sortant tout heureuses (en fait non, la plupart avait l’air triste) avec un livre dédicacé par Nico. À tout début d’échauffement avec un lecteur assidu du bonhomme, nous avons cherché à faire aussitôt retomber la température via le finkielkrautien « GNA-GNA-GNA-GNA-GNA ». Des forces de l’ordre mobilisées, nous avons décroché de nombreux sourires, nos slogans étant des armes à dérision massive faut-il avouer. Faisons l’humour, pas la guerre.

Et puis là, Sarko est a-rri-vé-é-é, sans se presser-er-er, … euh … non… en fait, l’ex-Président de la République a repris la porte annexe, fuyant de nouveau les échanges avec les sans-cerveaux venus les saluer. Pas le moindre selfie. Pas le moindre sourire (certains en interne le disaient même en colère). Mais nous, le sourire nous l’avions, un peu amer, certes, de voir les forces de police de plus en plus déployées devant l’entrée principale pour faire « comme si Nicolas allait sortir par là » alors qu’elles pourraient être plus utiles ailleurs..

Mais nous avons malgré tout gardé notre sourire et notre bêtise de cerveaux vides. Ou plutôt de cerveaux vidés.

Cerveaux vidés de leur ancien monde.

Cerveaux ouverts sur un monde nouveau.

Cerveaux debout. Plus jamais à genoux.

Dans la presse :

Album photos :