Parc Jourdan : Nuit debout… tomates à terre

Parc Jourdan : Nuit debout… tomates à terre, La Provence, 12/05/2016

L’expérience de jardin collectif au parc Jourdan, initiée par le collectif Nuit debout, a tourné court. Moins de 24h après les plantations, tout a été arraché.


Les bras ballants, Camille se désespère. « La violence… Toujours la violence, lâche un des militants aixois de Nuit debout, d’une voix atone. Bon, on va rester calme. ». L’expérience de « jardin participatif », qu’il a pilotée moins de vingt-quatre heures plus tôt, au cœur du parc Jourdan, juste à côté de la maison de l’Oustau de Prouvénço, a tourné court.

Les 14 plants de tomates plantés la veille, dans la joie et la bonne humeur « pour fournir de la nourriture à tous » et « se réapproprier l’espace public*, ont été arrachés. Et déposés en petit tas sur le côté. Mais par qui ? Un vandale ? « Pfff, on devait rajouter des salades et du basilic… On l’a fait là pour que tout le monde le voie », explique-t-il en se dirigeant vers un jardinier du parc.

« C’est vous qui avez arraché les plants de tomates ? », l’interpelle-t-il. « Ben oui, sur ordre de mon chef », répond l’agent. Une fois trouvé le « chef », Camille cherche à comprendre. « Mais pourquoi ? C’est un parc public. C’est à vous, à moi, à tout le monde… Et nous, on faisait un cadeau à la collectivité », argument Camille, philosophe. « Mais on n’a pas le droit de planter comme ça, répond, désolé, le responsable de la sécurité des parcs de la Ville, Laurent Valéro. Il faut une autorisation. Vous l’avez ? ». « Non,admet Camille. Mais c’est trop long à obtenir. Nous, on voulait une action concrète et rapide dans le cadre du collectif Nuit debout. Ici, c’est public. Donc, ça appartient à tout le monde. ». « Mais il fallait demander quand même. On a besoin d’une autorisation pour enlever un arbre mort… On ne peut pas planter ce qu’on veut », insiste Laurent Valéro. « Ben on n’a pas la même conception de l’espace public. Nous, on a une conception du XXIe siècle », rétorque, déçu, Camille, en mettant ses tomates dans un sac-poubelle. « Mais demandez l’autorisation, je suis certain que vous l’obtiendrez », l’encourage le responsable en repartant du côté des tentes de Sm’art… qui laisseront d’énormes trous dans les pelouses à leur départ. Mais les organisateurs du Salon d’art contemporain ont l’autorisation municipale… obtenue en échanges de quelques millions d’euros.

Camille promet de ne pas lâcher l’affaire. « Tout le monde était content d’installer ces plants. Des passants avaient même dit qu’on pouvait compter sur eux pour arroser. Ces échangesillustraient à merveille la finalité de ces lieux de communs. ». Poussant un peu partout, « les jardins participatifs » des différents collectifs Nuit debout n’ont pas eu le temps de prospérer. À Paris, installés au pied des arbres de la place de la République, après le descellement sauvage des dalles, ils ont été détruit le 11 avril dernier par les forces de l’ordre, sur ordre de la municipalité…

Laetitia SARIROGLOU