Potager debout contre les salades de Valls

N’aimant probablement pas les tomates, la municipalité d’Aix-en-Provence a détruit le jardin collectif et participatif évoqué dans l’article suivant, le lendemain après qu’il ait vu le jour. Ne vous en déplaise, Madame Joissains, Nuit Debout Aix n’a pas dit son dernier mot : la réappropriation collective de l’espace public et des communs fait partie de nos aspirations !

Potager debout contre les salades de Valls, La Marseillaise, 12/05/2016

ACTION CITOYENNE
Diversifications des méthodes de résistance avec le 1er jardin collectif participatif créé au parc Jourdan.
Le collectif Nuit debout entend inciter à la réappropriation de l’espace public.


C’est plants de tomates et fraisiers à la main, pelles, pioches et tuteurs, qu’une partie du collectif Nuit debout à Aix a décidé, mardi, de semer un peu de son idéal de vie, créant ainsi le premier jardin collectif et participatif au parc Jourdan, pour inciter les visiteurs et citoyens à être acteurs en l’arrosant, tout en développant une réflexion « interactive » sur l’état de la société.

Car à l’heure où le Premier ministre s’improvise en monarque, imposant par la force du 49-3 une loi Travail pourtant contestée par le plus grand nombre, les Nuit debout aixois, nourris du constructivisme du sociologue et philosophe Edgar Morin, n’entendent pas capituler bien au contraire puisqu’ils redoublent d’idées face à ce qu’ils nomment « société du Medef » et « marchandisation de la société ». « On va dans le mur si on continue avec de tels politiques qu’on a élus pour un tout autre programme, pourtant », souffle l’un d’eux.

Des légumes à la main

C’est donc bien loin de la rose à la main, mais plutôt agroécologie et citoyenneté à l’appui, que les militants ont inauguré ce jour-là (à l’image des initiatives fructueuses impulsées notamment par le film Demain), une nouvelle forme d’action destinée à l’appropriation de l’espace public.

Un jardin portager ouvert à tous, désormais, à proximité des points d’eau pour l’arrosage, sur un espace embelli du coup, qui a pour but, rappelle Camille Carpentier du collectif qui ne tarit pas d’arguments et d’énergie, « de montrer à la population qu’il est possible de créer de la nourriture au cœur de la ville, de permettre d’avoir un accès libre à des fruits et légumes gratuits, d’engager un processus écologique, d’éduquer la population aux bienfaits d’une nourriture locale, biologique, de partager un savoir-faire, de se réapproprier l’espace public… ».

À quelques pas des tentes en cours d’installation qui abriteront durant 3 jours le week-end prochain l’onéreux Salon d’art du parc Jourdan, les jeunes et moins jeunes citoyens, qui déplorent que ce type de lieu public soit exclusivement réservé aux manifestations privées, précisent par conséquent « ne pas avoir à demander l’autorisation pour planter des tomates ».

Un des membres soumet en souriant : « Doit-on demander l’autorisation quand on offre des cadeaux ? ». À côté, Mathias, très engagé, précise : « Regardez, il n’y a pas de saccage, mais plutôt une harmonie des plantes. Quand le Smart s’installe, on ne nous demande pas notre avis. ». Et d’ajouter : « Le collectif Nuit debout travaille sur 4 commissions, notre action s’inscrit dans le « repenser et construire la société ». ».

À côté du Biblio Debout (boîte à livres offerts à tous les passants), c’est par la douceur des tomates délectables que les Nuit debout qui organisaient également une marche hier soir contre le 49-3, poursuivent en l’accentuant, leur résistance.

Houda Benallal